Un espace pour nous tous : Une vision claire pour l’avenir de CBC/Radio-Canada

Les quotidiens publiés samedi ont largement fait écho au livre Ici était Radio-Canada et aux propos alarmistes de l’ancien directeur général de l’information des Services français de Radio-Canada, Alain Saulnier, qui dénaturent la stratégie dans laquelle nous sommes engagés. Je considère important de rétablir les faits dès maintenant.

Le plan stratégique Un espace pour nous tous propose une vision claire pour les cinq prochaines années. Il a été élaboré avec le concours de quelque 150 personnes travaillant dans tous les secteurs de l’entreprise. Il nous donne les moyens de faire en sorte que CBC/Radio-Canada soit axée plus que jamais sur la proximité de ses auditoires et sur la relation privilégiée que nous voulons renforcer avec chaque Canadienne et Canadien. Et il faut agir de toute urgence! Toutes les grandes entreprises médiatiques publiques ou privées dans le monde sont confrontées à un défi stratégique colossal : les gens consomment différemment les contenus et à des rythmes différents, les joueurs se multiplient, les rôles se modifient, le marché explose et le modèle d’affaires des diffuseurs traditionnels s’écrase. Les références passées ne sont d’aucun secours pour assurer la pertinence de CBC/Radio-Canada dans ce nouveau contexte. Il faut une vision tournée vers l’avenir et c’est précisément la trajectoire du plan stratégique.

Voilà pourquoi je rejette totalement les affirmations à l’effet qu’un manque de vision de la présente équipe de direction ne conduirait ni plus ni moins qu’au démantèlement de CBC/Radio-Canada. Je considère aussi qu’il est faux de prétendre que notre télévision a pris un virage commercial qui nous dénature. Un simple regard aux programmations offertes aux réseaux français et anglais de télévision, au fil des dernières années, démontre la constance de nos orientations programmes. Elles ne sont guidées que par la volonté d’offrir une grande variété d’émissions canadiennes de qualité, et nous y réussissons fort bien. Et nous sommes déterminés à continuer d’offrir une programmation allumée, unique, distincte de celle des radiodiffuseurs privés, d’une créativité ambitieuse et audacieuse.

Nous avons donc effectivement entrepris un processus incontournable de transformation profonde de CBC/Radio-Canada. Le temps où deux ou trois chaînes généralistes dominaient les marchés français et anglais est révolu. CBC/Radio-Canada doit plutôt se doter de structures qui lui donnent la souplesse et la mobilité nécessaires, tout en lui assurant une stabilité financière pour atteindre ses objectifs. C’est là que nous voulons être en 2020.

Je m’en voudrais de ne pas commenter les affirmations et sous-entendus relatifs aux pressions politiques qui s’exerceraient sur la direction de CBC/Radio-Canada. Je tiens à être clair là-dessus. CBC/Radio-Canada est dirigée d’une manière totalement autonome du gouvernement. Les orientations stratégiques définies dans le plan Un espace pour nous tous ont été élaborées par nos équipes en toute indépendance du ministre et des hauts fonctionnaires du ministère du Patrimoine canadien. Ceux-ci n’interviennent pas non plus dans les choix que nous faisons face aux défis budgétaires, dans la gestion quotidienne de l’entreprise ou de son service de l’information. Cependant, il est normal qu’à l’instar de mes prédécesseurs, je reste en contact avec le ministère du Patrimoine canadien qui doit répondre de CBC/Radio-Canada devant le Parlement.

Les exemples d’interventions « décisives » du ministre tirés du livre d’Alain Saulnier et cités dans les journaux relèvent d’interprétations abusives ou erronées. Le cas de Gilles Duceppe à Médium large est révélateur à cet égard. En vérité, il s’agit d’une méprise de l’équipe de l’émission qui a approché M. Duceppe sans tenir compte de la politique journalistique imposant un moratoire de deux ans à l’embauche d’un politicien défait, et sans en aviser la direction de la Radio. Ce n’est donc pas pour faire plaisir au ministre, mais en raison de notre politique journalistique qu’on a prévenu M. Duceppe qu’il ne pourrait parler de politique à Médium large. Il a alors refusé la proposition. D’ailleurs, ce dernier a été invité, l’an dernier, à faire partie du Club des ex, mais a dû décliner parce que les règles du fonds de pension des élus fédéraux lui interdisaient de travailler pour une société de la couronne.

CBC/Radio-Canada est une société publique et comme telle fait partie du débat public. On peut légitimement critiquer nos orientations stratégiques. J’irais même plus loin. Il faut encourager un débat de fond sur cette stratégie. Mais ce débat ne mènera nulle part s’il se limite à voir comment maintenir ou ramener le diffuseur public à l’époque où TVA et CTV étaient nos seuls compétiteurs. Le marché d’aujourd’hui vibre davantage au rythme de Google, Netflix ou de partenariats inédits comme celui annoncé la semaine dernière par Vice Media et Rogers Communications.

Cette transformation ne se fera pas du jour au lendemain, mais CBC/Radio-Canada sera différente en 2020. Les prochaines années seront complexes alors que nous vivrons cette transition et réinventerons nos modèles d’affaires. Les réflexes de plusieurs observateurs sont de nous juger sur la base de ce que nous faisions auparavant, non pas sur ce que nous bâtissons pour l’avenir. Une telle piste de réflexion représente une avenue suicidaire si nous voulons que CBC/Radio-Canada demeure au cœur de la vie de nos enfants et nos petits-enfants!

– Hubert T. Lacroix, président-directeur général, CBC/Radio-Canada
Questions et réponses concernant divers sujets abordés dans les commentaires d’Alain Saulnier

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